Article Le Parisien

Le club de la VGA St Maur est un acteur important sur son territoire. Suite à son communiqué de presse annonçant son adhésion au dispositif Club Citoyen Collectif Sports, Le Parisien est venu enquêter sur ce nouvel engagement du club.

Le club de Saint-Maur prépare ses sportifs à la «vraie vie»

Saint-Maur, août 2018. Le club aux 10 500 licenciés lance un dispositif pour offrir aux meilleurs d’entre-deux un accompagnement pour leur future insertion professionnelle. LP/J.B.

La VGA crée une cellule dédiée à la formation et l’insertion professionnelle de ses 200 athlètes de haut niveau.

Jean-François Bedu est le premier à s’en féliciter : « Sur le plan sportif, notre club n’a plus rien à prouver ». D’autres se satisferaient largement des succès sur les terrains de la VGA Saint-Maur, contrainte à chaque rentrée de refuser de nouveaux licenciés (10 500 répartis dans 40 sections). Mais depuis plusieurs années, le président se soucie de « l’après ». Cette « autre vie » que la plupart de ses meilleurs athlètes envisagent les yeux bandés.

Le dirigeant raconte son impuissance quand, rattrapés par l’âge, ceux qui ont tout donné à « la famille VGA » doivent s’émanciper et combler des journées jusqu’ici partagées entre l’entraînement et les compétitions aux quatre coins du monde. Jean-François Bedu pioche un exemple parmi des dizaines : « Un jour, une sportive est venue dans mon bureau, avec deux valises. Elle n’avait pas de métier, pas de formation, pas de logement, plus rien. »

Pour offrir autre chose qu’une porte vers l’inconnue à ses représentants, la VGA crée une cellule dédiée à la formation et l’insertion professionnelles de ses 200 licenciés de (très) haut niveau. Composée à parts égales de salariés et de bénévoles, cette équipe de huit personnes sera chargée de préparer les sportifs à leur reconversion, de la négociation d’horaires aménagés une fois salarié au seuil de l’entreprise (démarchage de partenaires).

« Période de fragilité » de plusieurs mois

Dès septembre, 20 licenciés bénéficieront d’un accompagnement digne des clubs professionnels. « Un sportif qui est dans ce tunnel qu’est le haut niveau n’a pas l’occasion d’aller voir ce qu’est la vraie vie », explique Véronique Barré, qui pilote le dispositif Club citoyen collectif sports et suit la VGA.

Président de la VGA, Jean-François Bedu pilotera la future cellule d’insertion 

Patronne de la société Trajectoires Performance, cette ancienne volleyeuse bat en brèche « la croyance hyper ancrée du sportif qui ne sait rien faire d’autre que son sport » : « L’intérêt pour les entreprises est de recruter des profils de leaders, avec des capacités de résilience et d’organisation. »

Responsable de la section sport de l’Union financière de France (société de gestion de patrimoine), et partenaire de la VGA, Christian Hubert aligne les « formules bateau » pour décrire l’apport des 80 anciens athlètes qui ont rejoint son entreprise (1 500 salariés), entre « résistance aux difficultés » et « esprit d’équipe ».

À ces « valeurs », le dirigeant ajoute une autre particularité aux sportifs, plus douloureuse : le « risque de la perte d’image ». « Du jour au lendemain, ils ne sont plus entourés, d’écrit-il. On observe une période de fragilité de plusieurs mois. Ils nous faut alors être très présents et vigilants. »

«C’EST UNE ÉVOLUTION ÉNORME»

Championne d’Europe d’haltérophilie et licenciée à la VGA, Anaïs Michel prépare actuellement sa qualification aux JO 2020. DR

Championne d’Europe d’haltérophilie (- 48 kg) et licenciée à la VGA Saint-Maur, Anaïs Michel peut se concentrer sur sa qualification aux JO de Tokyo de 2020. L’athlète de 31 ans est liée par contrat avec l’Insep, qui lui verse un revenu en échange de sa présence à des événements de promotion.

Pour ce qui est de « l’après », rendez-vous est déjà pris avec le président de la VGA pour évoquer rapidement sa participation au programme d’insertion en cours de préparation. Une « chance » : « Ici, on ne s’occupe pas seulement de notre bien-être à l’entraînement, mais aussi de tous les à-côtés. »

À l’écouter, il n’est jamais trop tard pour anticiper la fin de sa carrière, cette « petite mort » des sportifs, jusque-là maintenus dans leur « bulle ». À l’image de la cellule montée à Saint-Maur, les dispositifs se multiplient pour éviter aux champions le vertige de la sortie. « C’est une évolution énorme depuis 10 ans, se réjouit Anaïs Michel. Avant on ne se préoccupait pas de ça. »

 

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